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> Référence : "Génération Séries"
n°28 (avril mai juin 99) |
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"Bienvenue à Sunnydale"
"A chaque génération, il y a une Elue. Seule, elle devra affronter
les vampires, les démons et les forces de l'ombre. Elle s'appelle Buffy."
Cette inquiétante prophétie, énoncée avec
gravité au début de la version française de chaque
épisode de Buffy contre les vampires (Buffy the Vampire
Slayer), est devenue l'indispensable potion d'un nombre sans cesse
croissant de téléspectateurs.
Au tout début
En 1992, Joss Whedon, le créateur, réalise d'abord un film,
Buffy, the Vampire Slayer, qui n'obtient qu'un succès
d'estime. Si le long métrage reste confidentiel, c'est que l'oeuvre
finale a, en partie, échappé à son auteur, selon
les usages en vigueur à Hollywood. Un peu déçu,
mais pas découragé, l'homme se remet au trvail, revoit
le casting, met en chantier un projet plus élaboré, plus
proche de sa sensibilité et obtient le contrôle total de
la production. Joss Whedon est fin prêt. Buffy ( la vraie !) est
née.
Alors, raconte !
Buffy Summers est donc une jeune fille en pleine adolescence qui fréquente le lycée
et aspire à mener une vie épatante, ponctuée de
soirées en boîte, de vernis à ongles et de chaussures neuves.
Or, le destin en a décidé tout autrement. Elle a été
choisie pour lutter contre les forces du Mal et, bien sûr, sa
mission va bouleverser son existence. Après des débuts
fracassants à Los Angeles, où elle a mis le feu au gymnase
dans la cadre de ses "travaux", elle doit changer de ville
et d'établissement. C'est ainsi qu'elle arrive à Sunnydale,
petite citée de Californie, également surnommée
- nous n'allons pas tarder à l'apprendre - Boca del Inferno (la
Bouche de l'Enfer). Animée du souci de s'intégrer et de
faire oublier son passé récent, Buffy fait la connaissance
de nouveaux camarades : Alex, Willow, Rupert Giles, le bibliothécaire,
et l'inénarrable Cordélia. Cependant, on n'échappe
pas ainsi à sa fonction et, bien malgré elle, Buffy va
"reprendre du service".
Seulement, cette fois, elle n'est plus seule...
Les personnages
Buffy Summers (Sarah Michelle Gellar)
Elle a 17 ans. Ses parents ont divorcé, et elle ne peut s'empêcher
de penser que c'est sans doute à cause d'elle et de son "mode
de vie", aussi décalé qu'impossible à expliquer
à son entourage. Franche, chaleureuse, et peu à cheval
sur le protocole, elle n'a pas le profil de la Tueuse conventionnelle.
Son côté imprévisible est un atout, car elle déroute
plus d'une créature de l'Ombre, mais il ne cesse d'offusquer
Giles (voir plus loin). Buffy n'a pas demandé à porter
une responsabilité aussi lourde et, bien souvent, elle est
sujette à des accès de mélancolie lorsqu'elle
songe à ce que serait une vie "normale", y compris
- et surtout - sur le plan sentimental. Mais comment peut-on trouver
le temps d'avoir de tendres rendez-vous quand on passe ses soirées
un pieu à la main, à proximité des cimetières ?
Rupert Giles (Anthony Steward Head)
Officiellement, Rupert Giles est bibliothécaire au lycée
de Sunnydale. Venu d'Angleterre où il était conservateur
de musée, il est l'archétype du gentleman au langage
précieux, aux vêtements de tweed et à la culture
classique. Classique est même un euphémisme. Giles incarne
la tradition, avec une passion pour les ouvrages anciens assortie
d'une technophobie déclarée. Le simple mot "ordinateur"
est pour lui un blasphème ! En revanche, il semble avoir un
epnchant prononcé pour l'étude des rites occultes, et
ses lectures de chevet s'intitulent Tiberius Manifesto ou Pergamum
Codex, compilations de rites, maléfices et autres joyeusetés.
Il s'avère, en fait, que Giles est là pour prendre soin
de Buffy. De même qu'elle est l'Elue, il est "l'Observateur"
("the Watcher"), une sorte de mentor, chargé de l'instruire
dans sa mission, d'assurer son entraînement et sa protection.
Il faut dire que depuis l'âge de 10 ans, il se prépare
à cette tâche, qu'ont accomplie son père et sa
grand-mère avant lui, car chaque Tueuse est ainsi assistée
d'un accompagnateur. Giles est plutôt discret, et se lie peu
avec les autres adultes, sauf avec la belle Melle Calendar qui, paradoxe,
enseigne l'informatique à Sunnydale. On croit rêver !
Alexander Lavelle Harris (Nicholas Brendon)
Plus connu sous le nom d'Alex (caprice des diminutifs, il se nomme
Xander dans la VO), il a grandi à Sunnydale. Comme il ne brille
guère sur le plan scolaire et qu'il n'est pas très chanceux
avec les filles, il a tendance à se prendre pour un crétin,
mais il a tort. Sa spontanéité, sa loyauté et
son côté "chien fou" en font quelqu'un de très
attachant. Il n'est pas rare qu'il en rajoute, qu'il fasse le pitre
pour masquer ses complexes et se mette ainsi, souvent, dans des situations
ridicules. Tant pis ! Il continue malgré tout d'afficher sa
bonne humeur. Cette heureuse nature n'a qu'une faiblesse notoire,
un talon d'Achille : une obsession pour la nourriture qui lui fait
perdre tout sens des rélités environnantes, ce qui est
plutôt dangereux lorsque l'on combat les forces du Mal ( Le
Fiancé).
Le jour où Buffy arrive à Sunnydale, le brave Alex est
tétanisé, perd son latin (si toutefois il en avait jamais
possédé les rudiments !), bref, le voilà dingue-aoureux.
très vite, il découvre, par accident, les activités
de la belle blonde et insiste pour l'aider. Son dynamisme va s'avérer
utile, et Alex saura se montrer souvent très courageux ?
Willow Rosenberg (Alyson Hannigan)
Native de Sunnydale, elle connaît Alex depuis la maternelle.
C'est avec lui que, toute petite, elle jouait au docteur, entendez
par là qu'elle lui lisait à haute voix le dictionnaire
médical ! En effet, Willow a pour particularité d'être
très centrée sur les sciences, les livres et les ordinateurs.
Elle est studieuse, appliquée, ce qui en fait une fille un
peu marginale. Plutôt introvertie, elle est assez maladroite,
et même naïve dans ses relations avec ses pairs. Elle aime
Alex depuis toujours mais est trop timide pour lui avouer. D'ailleurs,
elle est déjà sortie avec lui... à l'âge
de 5 ans, mais a dû rompre car il lui avait volé sa Barbie.
A présent, elle se porte toujours volontaire pour l'aider dans
ses devoirs, ce qui lui permet de passer de nombreux moments auprès
de lui. Toutefois, il lui faut entendre à longueur de temps
des "odes à Buffy" puisque Alex ne trouve rien de
mieux que la questionner, elle , sur ses chances de succès
auprès de son amie. Willow encaisse mais son coeur saigne.
Willow est, bien sûr, solidaire de Buffy depuis le premier jour.
Dès qu'elle a pris connaissance du statut de celle-ci, elle
a mis la main à la pâte en extrayantdes informations
utiles des fichiers informatiques (en les piratant même parfois
un peu). En cela, elle seconde Giles à merveille, qui au papiers,
qui au clavier. Sa rencontre avec Buffy va lui être tout à
fait bénéfique, car elle va lui permettre de sortir
- timidement, à petits pas - de sa coquille, et d'affronter
le sacro-saint sujet : la séduction et les garçons.
Cordelia Chase (Charisma Carpenter)
Melle Chase est une pimbêche autoritaire et imbue d'elle-même.
Elle se veut irrésistible, déambule à travers
le lycée entourée de sa cour d'admiratrices. C'est elle
qui décide de ce qui est "tendance" et de ce qui
ne l'est pas. Pratiquement aucun garçon ne lui résiste,
mais c'est elle qui les choisit. Son problème : elle est tellement
absorbée à prendre l'air attentif quand un garçon
lui parle qu'elle a finalement bien du mal à comprendre ses
propos ! Sa recette : ponctuer régulièrement ses conversations
d'éclats de rire supposés sensules. Sa hantise : que
son maquillage coule, ou qu'elle ait un bouton sur le visage au moment
de sortir.
Lorsque Buffy arrive à Sunnydale, Cordelia entends renforcer
son prestige, en s'en faisant une amie. Mais elle déchante
vite et trouve que sa protégée est une vraie freak
aux morbides idées fixes et qui plus est - impardonnable faute
de goût - elle fréquente des "losers". La pression
des évènements la fera cependant se rapprocher, au fil
de la série, de la 'bande de Buffy", d'autant qu'elle
est très intriguée par Angel, un beau homme brun et
secret, qui semble vraiment proche de la Tueuse.
Angel ( David Boreanaz)
Etre pour le moins ténébreux, Angelus est né
dans les années 1700 en Irlande.Sa rencontre avec Darla en
a fait un vampire. Pendant des années, il a dons axercé
ses partiques sanglantes sans conscience ni remords. cependant, après
avoir tué la fille du chef d'un clan tsigane, en Roumanie,
on lui a jeté un sort. Angelus a ainsi retrouvé son
âme et connaît, depuis, les affres de la culpabilité
dans une souffrance sans fin. Le voilà donc devenu Angel. Il
veut, dès lors, aider Buffy dans sa lutte, poursuivant de cette
façon sa quète de rédemption? Mais l'improbable
se produit : il est follement attiré par la jeune fille. Sentiment
réciproque et difficile, puisque si leurs coeurs s'attirent,
tout les sépare. Angel est un personnage tragique, grave, complexe,
donc passionnant.
Le Bronze
Lieu de rassemblement des jeunes de Sunnydale, après les cours.
C'est un carrefour stratégique où les vampires peuvent
trouver du sang frais et de pures jeunes filles pour leurs rites occultes.
Mais c'est aussi là que Buffy et ses amis se réunissent
et échafaudent de cinglantes contre-attaques. L'ambiance y
est résolument rock, des groupes s'y produisent souvent, et
vu la taille de la ville, c'est le seul endroit où sortir.
Il a d'ailleurs l'aval de Cordelia, c'est dire !
Pourquoi regarder Buffy ?
Lorsqu'on l'interroge sur les motivations qui ont donné naissance à la série,
Joss Whedon (par ailleurs scénariste de Speed et d'Alien
4) est clair : il avait de vieux comptes à régler
avec ses années de lycée. Pour beaucoup, cette période
de la vie est souvent mythifiée et décrite comme "le
plus bel âge". C'est faire peu de cas des blessures profondes
dont souffrent ces adultes en devenir, les transformations brutales
qu'ils subissent, leurs doutes, leurs déceptions et leurs angoisses
face à un futur pas toujours très optimiste. Bien sûr,
il y a aussi de bons moments, mais Buffy se démarque précisément
des autres séries de teenagers parce qu'elle met en évidence
les contradictions et les fêlures qui habitent chacun des personnages
avec une rare justesse. Selon whedon, les démons sont une métaphore
des difficultés que chacun doit affronter à cet âge.
Intéressant.
Quand on regarde Buffy, ce qui frappe tout d'abord, c'est le rythme
et la tonalité pop-rock de l'ensemble : peu de temps morts, de
l'action, des scènes de combat bien réglées. Mais
s'il ne s'était agi que d'une gigantesque chasse aux monstres,
truffée d'effets spéciaux, et étirée d'épisode
en épisode, la série aurait perdu tout intérêt
au bout d'une saison.
Au lieu de cela, l'univers de Sunnydale s'enrichit que fil du temps,
mais sa complexité apparente reste toujours très lisible.
On est saisi par la diversité des règles qui régissent
les vampires, leurs luttes intestines et la noirceur de leurs destinées
à travers les siècles. Joss Whedonemprunte au répertoire
classique, il inscrit le bon vieux pieu au rayon des antidotes, ainsi
que l'eau bénite et même l'arbalête, dont l'esthétique
n'échappera à personne. Cela dit, les vampires peuvent
aussi conduire des voitures ou utliser des caméscopes; bref,
comme son héroïne, l'auteur n'est pas trop chatouilleux
sur le dogme !
A côté de ces êtres aux crocs développées
évolue une galerie de monstres proprement ahurissante : citons
en vrac une mante religieuse géante qui prend l'apparence d'un
prof de sciences extrèmement sexy (Le chouchou du prof),
un dangereux robot à l'allure sympathique qui courtise la mère
de Buffy (Le fiancé) ou encore un humanoïde capable
de se scinder en une multitude de petits vers (Kendra). Laissant
libre cours à son imagination, Joss Whedon s'en donne à
coeur joie avec ses créatures. Il rend hommage en passant au
Dc Frankenstein de Mary Shelley (Le puzzle) et pousse le vice jusqu'à
laisser le proviseur du lycée se faire dévorer par des
élèves sous l'emprise d'un sortilège (Les hyènes).
Quand de nouveaux personnages apparaissent, il est difficile de dire
s'ils appartiennent au genre humain ou à toute autre espèce,
ce qui entretient le suspense. D'ailleurs il n'existe pas de ligne de
démarcation nette entre les êtres. Buffy aime Angel, malgré
sa condition de vampire, Willow va être attirée par un
loup-garou ( son commentaire : "An moins, il ne fume pas !").
Giles, qui en pince pour Melle Calendar, va découvrir qu'elle
est fort différente de ce qu'il croyait, quant à Alex,
ses coups de coeur ne lui portent pas souvent chance !
L'inteligence de Whedon consiste à rendre tous les protagonistes
très humains , y compris ceux qui ne le sont pas. En même
temps, les héros de la série ont tous leur part d'ombre
: les crises d'amerture de Buffy lui inspirent parfois des commentaires
cyniques, on découvre que le passé n'est pas exactement
limpide, Alex s'empêtre dans ses défauts et Willow est
plus souvent qu'à son tour prisonnière d'elle-même.
Sur l'autre versant, si l'on exclut quelques démons foncièrement
méchants, un grand nombre de créatures des ténèbres
possède leur part de souffrance et suscitent la compassion, ce
qui est bien plus excitant qu'un nombre en noir et blanc.
L'auteur évite donc le piège du manichéisme, ce
qui ne l'empêche pas de prôner, à travers ses histoires,
des valeurs morales certaines : la solidarité et l'amitié
forment la substance e base de la série. Si message il y a, c'est
l'idée que l'unité et la confiance viennent à bout
des épreuves les plus redoutables. La place du coeur est également
prépondérante chez les humains, comme chez les vampires,
d'ailleurs. Le couple Drusilla-Spike intrigue par son mélange
de crauté et de folie, baigné dans un amour total, quasi
indestructible.
Les plus de Buffy
Dans l'univers du bizarre, on peut tout se permettre et Joss Whedon ne s'en prive pas; Ainsi, malgré
la succession d'évènements aussi étranges que dangereux
qui s'y déroulent, c'est comme si tout Sunnydale flottait dans
une brume amnésique. Hormis Buffy et ses compagnons, personne
ne semble réaliser ce qui se passe, même lorsque les personnages
sont impliqués dans la tourmente maléfique (Le fiancé,
Oeufs surprises). Une exception demeure et pas des moindres :
l'infâme proviseur Snyder (incarné par Armin Shimerman,
le Quark de Star Strek : Deep Space Nine), le shérif et
le maire ont l'air parfaitement au courant de la situation, mais s'appliquent
à la banaliser, ce qui n'a rien de rassurant... Joss Whedon revient
d'ailleurs sur cette conspiration du silence dans la troisième saison.
Le côté imprévisible et audacieux des scénarios
confirme le talent dont est pétrie la série. A la fin
de la première saison, pendant un moment, Buffy perd la vie.
Elle en parle très sobrement : "Je suis morte, mais juste
un peu...". Il faut oserjouer ainsi avec son héroïne !
Les dialogues rythmés et percutants ajoutent au charme de l'oeuvre.
Leur fluidité et l'humour omniprésent sont le résultat
d'un travail soigné, méticuleux, qui ne laisse aucune
place à l'à-peu-près.
Buffy contre les vampires récompense également
la fidélité des téléspectateurs. Insensiblement,
tous les personnages subissent une évolution (la série
possède un caractère initiatique), et même des changements
parfois spectaculaires. Les plus remarquables concernent Cordelia et
Angel, lors de la deuxième saison, et bien malin celui qui pourrait
anticiper le contenu des prochains épisodes. Cela dit, de façon
malicieuse, des indices sont régulièrement distillés
au fil des intrigues. On peut dès lors vérifier que Buffy
a été conçue avec une architecture précise,
élaborée dans le moindre détail, que chaque nouvel
élément trouve sa juste place dans l'histoire et vient
renforcer un ensemble solide mais non monolithique, cohérent
mais tout en en nuances.
Françoise Poul
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