Qui l'eut cru ? Partie de rien - ou presque, à savoir le rôle titre
d'une série américaine horrifico-comique à priori
vouée à rester dans l'ombre - Sarah Michelle Gellar
est aujourd'hui l'une des jeunes actrices les plus sollicitées.
Après avoir vampé les vampires, elle s'attaque désormais
au redoutable Sebastian Valmont. Mais qui est-elle au juste, cette Sarah
Michelle Gellar dont personne en France n'avait jamais entendu parler
auparavant ?
A vingt-deux ans, Sarah Michelle Gellar a déjà accompli un joli parcours.
Non seulement elle est la reine incontestée de la série
Buffy contre les vampires qui l'a faite connaître et s'avère
de plus en plus populaire, mais sa carrière cinématographique
démarre sur les chapeaux de roues grâce à ses prestations
remarquées dans Scream 2 et Sexe Intentions.
Elle vient d'ailleurs d'être engagée comme porte-parole
par Maybelline, un choix des, plus judicieux puisqu'elle incarne
précisément la jeunesse, le fun et le naturel. Son faux
air d'ingénue aidant, le rapprochement avec Britney Spears
est vite fait. Mais la façon dont elle contrôle ses mouvements,
ses mimiques et ses regards ne laisse planer aucun doute : elle sait
pertinemment qu'elle est la coqueluche du moment, s'en réjouit
ouvertement et profite largement de la situation.
des talents précoces
Sarah entama dès quatre ans son périple d'actrice. Elle fut repérée
dans un restaurant de Manhattan par l'un de ces types dans les agences
de mannequinat dont le job consiste justement à trouver de nouveaux
modèles. Il lui proposa initialement de figurer dans des pubs,
puis, très rapidement, lui offrit son premier rôle - dans
un téléfilm intitulé An Invasion of Privacy.
Rosellen, sa mère, une ancienne institutrice qui l'a élevée
seule dans son appartement de Manhattan, l'a toujours soutenue dans
cette voie. "Tout ce que je suis aujourd'hui, je le dois à
ma maman", affirme Sarah, qui ne tarit pas d'éloges sur
cette mère qui se coltinait les navettes entre les auditions,
les tournages et l'école. "Elle est vraiment adorable. Elle
continue à découper les articles parus dans la presse
locale et à me les apporter."
Sarah est nettement plus réservée à l'égard
de son père. Ses parents ont divorcé lorsqu'elle avait
sept ans et elle présente son géniteur somme quelqu'un
qui a toujours été virtuellement "inexistant"
dans sa vie. Empruntant à Keanu Reeves l'une de ses répliques
dans Parenthood, elle lance : "On a besoin d'un permis pour
conduire, mais n'importe quel trou du cul peut être père".
Cherchant à prendre leur revanche contre le monde entier, Sarah
et sa mère multiplièrent les tentatives, Sarah décrocha
de nombreux rôles, mais il n'était guère évident
pour elle de maintenir un certain équilibre entre sa carrière,
l'école et ses camarades de classe.
Alors qu'elle n'était encore qu'au collège, à un
âge où la plupart de enfants ne songent qu'à demander
un peu d'argent de poche suppplémentaire à leurs parents,
Sarah, elle, vécut ce qu'elle appelle son "plus grand drame"
: le spectacle de Neil Simon, Jake's Women, qui devait
marquer ses débuts à Broadway, clôtura ses représentations
avant de les reprendre à New York, et lorsque la petite Sarah
rvint à son école, après six mois d'absence, plus
personne ne lui adressait la parole.
Le lycée lui laissa de meilleurs souvenirs - du moins - après
qu'elle eut choisi le bon établissement. "J'ai commencé
à LaGuardia", explique-t-elle, faisant référence
à la School of the Arts de Manhattan, rendue célèbre
par la comédie musicale Fame. "Mais je détestais
cette école. J'y étais battue quasiment tous les jours
et les cours n'étaient pas si bons que ça. Je l'ai quitté
et je me suis inscrite à la Professional Children's School,
que j'ai adorée."
premiers émois
Déjà perfectionniste dans l'âme, Sarah était une élève
studieuse collectionnant les A, mais cela ne l'empêcha nullement
de s'amuser. "Faire des cochonneries dans les parcs, c'est quelque
chose qui se fait beaucoup quand tu vas au lycée et que tu vis
à New York" révèle-t-elle. "Il y avait
un terrain de jeux pour enfants pas très loin de chez moi et
je peux dire que les balançoires ont vu pas mal de trucs !"
A l'écran, elle n'était d'ailleurs pas en retard non plus,
puisqu'elle jouait le rôle de la sournoise Kendall Hart, un personnage
plus vieux de sept ans que son âge réel, dans le feuilleton
All My Children. "C'était véritablement éclatant
d'avoir seize ans et de jouer des scènes d'amour avec un homme
suffisamment âgé pour être mon père. Je veux
dire... j'avais déjà été "mariée"
deux fois alors que je n'avais même pas encore passé mon
Bac."
Le lycée fini, Sarah abandonna All My Children au milieu
de rumeurs selon lesquelles elle se serait fâchée avec
Susan Lucci (sa mère dans le feuilleton) et passa aux
choses sérieuses : direction Hollywood !
Or, même avec son Emmy Award (l'équivalent US de
nos Césars qui lui fut décerné pour sa prestation
dans All My Children) sous le bras, il savéra que les
portes des studios ne s'ouvraient pas en grand devant elle pour autant.
"Tu peux avoir une sacrée réputation dans le petit
monde des feuilletons télévisés, mais, dès
que tu vas dans le "monde réel", comme je l'appelle,
plus personne ne sait qui tu es", se souvient Sarah, qui promit
à sa mère qu'elle s'inscrirait à l'université
si on ne lui offrait aucun rôle cette année-là.
"Jusqu'à ce que je sois engagée dans Buffy,
les directeurs de casting disaient que je n'étais pas prête,
que j'étais trop inexpérimentée et trop connotée
"feuilletons télévisés"."
Buffy or not Buffy ?
Bien qu'il semble inconcevable que quiconque eut pu tenir le rôle de Buffy à sa place,
Sarah fut à l'époque durement mise à l'épreuve
avant d'être engagée. "Le jour de ma dernière
audition, je suis entrée, j'ai récité mes dialogues,
et, quand je suis ressortie, ils m'ont demandé de recommencer
encore une fois", se rappelle Sarah. "Alors j'ai craqué,
j'ai éclaté en sanglots et je leur ai dit "Je ne
peux pas le refaire - vous êtes en train de me briser, les gars
!". Et là, le directeur de casting m'a traînée
en arrière et tout le monde s'est mis à rigoler en criant
"Félicitations, tu as le rôle !". Pe,ndant ce
temps là, moi, j'étais toujours en train de pleurnicher."
Comme n'importe quel fan vous le confirmera, ce rôle lui convient
à merveille. "Buffy ressemble beaucoup à celle que
j'étais quand j'étais plus jeune", raconte Sarah.
"A savoir une enfant dans un monde d'adultes, perdue quelque part
entre les deux. Buffy doit-elle aller à la fête de fin
d'année ou sauver le monde en partant chasser les démons
? Ma vie était similaire : devais-je faire la grasse matinée
ou aller à une audition ?"
Le succès de Buffy eut deux conséquences principales :
d'une part, il plaça Sarah sous les feux des médias et
sur les couvertures des magazines, et, d'autre part, il lui servit de
ticket d'entrèe dans les salles obscures.
Et jusqu'à présent, son palmarès compte davantage
de réussites que de bides, même si elle fut brutalement
éliminée dans ses deux films sortis en 1997, Scream
2 et Souviens toi... l'été dernier. "Je
déteste les fritures qu'on mange en Caroline du Nord, là
où on a tourné, et je n'ai pas avalé grand chose",
précise Sarah. "Résultat : j'ai perdu une taille
de bonnet. Or, à la fin du tournage, il a fallu qu'on fasse une
scène intercalée parmi celles du début et j'ai
été obligée de le coller des coussinets en silicone
dans le soutif pour me redonner du volume."
Pour ses deux films sortis en 1997, Sarah n'eut cependant plus besoin
d'avoir recours à ce subterfuge - encore qu'un petit coup de
pouce visuel supplémentaire qurait rendu service au premier d'entre
eux, la comédie romantique Simply Irresistible, qui eut
tendance à disparaître des programmes des salles de cinéma
aussi vite qu'il y était entré.
film dangereux
Sarah aura beaucoup plus d'impact avec le second, le scandaleusement coquin remake des Liaisons
dangereuses dans lequel elle tord le coup à l'image pieuse
de Buffy en interprétant une diablesse sniffeuse de cocaïne
qui promet à son demi-frère qu'il pourra "la lui
mettre où il voudra" s'il parvient à déflorer
la pucelle récemment débarquée en ville.
Sarah affirme qu'il lui fut facile de jouer cette gosse ultra-friquée, dans la mesure
où la plupart des élèves qui fréquentaient
son lycée à Manhattan étaient infiniment plus riches
et moins bien surveillés qu'elle-même. "Toutes ces
filles portaient des robes très chères", se rappelle-t-elle.
"Moi, je ne pouvais absolument pas m'en acheter une neuve à
ce prix-là, alors je piochais toujours des modèles datant
de la saison précédente dans les bacs de soldes à
cinq dollars. Mais quand j'ai été engagée dans
All My Children, j'ai couru m'offrir deux robes toutes neuves
à la mode. J'étais terriblement excitée."
Dans Sexe Intentions, Sarah fut amenée à embrasser
une fille pour la première fois - en l'occurrence Selma Blair.
"Je n'arrêtais pas de me répéter que j'avais
été obligée d'embrasser des types que je n'avais
nulle envie d'embrasser. Selma, au moins, c'était une
amie, et je sais où elle est allée trainer !" plaisante
Sarah. "Toute la nuit précédente, je n'avais pensé
qu'à ça, et je croyais que je n'arriverais jamais à
le faire. Et, lorsque le moment fut venu, j'ai bien cru que j'allais
vomir. Mais bon... Certaines scènes que j'avais tournées
avec Ryan Philippe n'avaient guère été plus
faciles. Et puis... Je l'ai fait !"
Détail croudtillant, la plus grosse surprise restait à
venir. Ainsi Selma lui fit-elle une étonnante confidence
lorsqu'elles confrontèrent leurs opinions après coup.
"Selma m'a dit qu'elle avait eu peur que je trouve qu'elle embrassait
mal", raconte Sarah. "Je lui ai demandé si ce n'était
pas plutôt le baiser en lui-même qui l'avait gênée
et elle m'a répondu "Non, je craignais juste que tu trouves
j'étais nulle !"."
un vrai challenge
Pour Sarah, Sexe Intentions prenait des allures de défi. "J'étais
déterminée à montrer aux gens que je pouvais faire
quelque chose de très différent de Buffy.", s'exclame-t-elle
en songeant à tous ceux qui pensent qu'elle n'est bonne qu'à
jouer des rôles tartignolles dans des séries pour ados.
Revers de la médaille, cest avec amertume qu'elle accueillit
les commentaires de Joss Whedon, le créateur de Buffy,
au cours d'une conférence de presse, celui-ci estimant que Sexe
Intentions était un film érotique, même si,
sur place, elle feignit l'indifférence. "J'y ai fait ce
que je pense être ma mailleure prestation d'actrice à ce
jour", fulmine-t-elle. "Ca m'a fait beaucoup de mal de le
voir balayer tout ça d'un revers de main en qualifiant ce film
d'érotique. Il me doit des fleurs !!!"
A la décharge de Joss Whedon, il faut bien admettre que,
comparativement à la relative bonhommie de la série Buffy,
il y a tout lieu de s'inquiéter des éventuelles retombées
d'un film aussi osé - notamment à cause de la scène
du baiser avec Selma Blair. "Ca m'a un peu inquitée,
compte tenu du boucan qu'on fait autour de la série, mais il
faut savoir qu'on a coupé bien d'autres scènes encore
plus chaudes." Une décision qui semble judicieuse, vu le
nombre de fans qui idolâtrent Sarah - en particulier sur Internet.
Sarah se montre reconnaissante et les remercie de leur soutien, y compris
ceux qui vont parfois trop loin... comme ceux qui ont superposé
son visage sur une photo de Pamela Anderson. "Je sais que
certaines personnes n'ont pas apprécié ces photos, mais
ce ne sont pas mes seins, après tout ! Un jour, je te dirais
exactement ce que j'en pense en aparté, mais, pour l'instant,
je me contenterai de dire que le Net me fait peur, principalement à
cause de la facilité avec laquelle on peut avoir accès
à des données personnelles. Mais je n'ai pas trop de problèmes
avec Internet - j'y vais juste pour consulter la météo !"
motus et bouche cousue
Quant à ses histoires d'amour hors écran, Sarah reconnaît avoir da
part de sorties nocturnes mais ne souhaite pas se stabiliser pour autant.
"Des gens me demandent pourquoi je n'ai pas un petit ami sérieux",
ricane-t-elle. "Eh, j'ai vingt-deux ans, moi ! C'est un âge
où l'on s'amuse." Elle est toutefois réputée
pour sa discrétion et garde secret les noms de ceux avec qui
elle est sortie - ce qui n' pas empêché les tabloïds
de prétendre que Jerry O'Connell, également à
l'affiche de Scream 2, et Matthew Perry étaient
du lot.
Elle explique qu'elle a appris de Gwyneth Paltrow et Sandra
Bullok, ses modèles à l'écran, qu'il valait
mieux ne pas raconter à tout le monde ses petites histoires à
Hollywood. Ell a certes l'allure d'une toute jeune fille, mais elle
n'en a pas la naïveté. "Je sais qu'il y a des gens
qui aimeraient connaître plein de choses que moi, mais, quand
je rentre chez moi le soir, j'ai envie de mener une vie normale.",
ajoute-t-elle. "Ca peut peut être la folie quand un goupe
de fans campe dans le hall de mon hôtel, mais je peux toujours
éviter ça en m'abstenant d'aller traîner au centre
commercial pendant les fêtes de Noël. Personne ne sait où
je vis - à bonne distance de Los Angeles !"
Contrairement à son personnage, Sarah affirme ne pas être
une intriguante en matière de sentiments, mais elle aime s'entourer
d'une petite dose de mystère, disant par exemple à ses
soupirants que les fleurs sur la table viennent "d'un ami",
alors que c'est son agent qui le lui a envoyées. Elle admet en
outre pouvoir tomber amoureuse d'un acteur, même si ce n'est pas
l'idéal. "J'ai tendance à être attirée
par des hommes qui ne sont pas du business", dit-elle. "Et
ça m'est difficile aujourd'hui, parce que je ne rencontre pas
beaucoup de nouvelles têtes en dehors."
Sarah s'est récemment trouvé un nouveau copain pour le
sport, cependant : Shaquille O'Neal, une star du basket-ball.
"C'est mon ami "en exercice" ", plaisante-t-elle.
"On se voit de temps à autre et il me chaperonne quand je
fais de la muscu." Or, bien que soulever des haltères en
compagnie de Shaq' ne constitue pas véritablement un évènement
marquant de la vie p^rivée de Sarah, il s'en faut de peu. "Je
suis devenue plutôt casanière, ces derniers temps".
Révèle-t-elle.
Et elle n'est pas la seule. Jennifer Love Hewitt et Melissa Joan Hart,
pour ne citer qu'elles, deux actrices confirmées, parfaitement
clean, ont trimé dur toute leur vie pour arriver là où
elles sont aujourd'hui et n'ont nulle envie de tout gâcher par
une conduite inqualifiable à la Christian Slater.
"Je crois que Hollywood accorde le succès à ceux
qui sont capables de le digérer", estime Sarah, qui a dû
sacrifier la projection en avant-première de Sexe Intentions
à New York parce qu'on avait besoin d'elle sur le tournage de
Buffy. "Le succès demande beaucoup de sacrifices et de travail",
conclut-elle. Heureusement pour elle, le plus dur est déjà
passé...
Stan Svensen