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> référence : "Posters géants (best Of)" n°12 (août septembre 99)

"Entretien avec un vamp"

Qui l'eut cru ? Partie de rien - ou presque, à savoir le rôle titre d'une série américaine horrifico-comique à priori vouée à rester dans l'ombre - Sarah Michelle Gellar est aujourd'hui l'une des jeunes actrices les plus sollicitées. Après avoir vampé les vampires, elle s'attaque désormais au redoutable Sebastian Valmont. Mais qui est-elle au juste, cette Sarah Michelle Gellar dont personne en France n'avait jamais entendu parler auparavant  ?

A vingt-deux ans, Sarah Michelle Gellar a déjà accompli un joli parcours. Non seulement elle est la reine incontestée de la série Buffy contre les vampires qui l'a faite connaître et s'avère de plus en plus populaire, mais sa carrière cinématographique démarre sur les chapeaux de roues grâce à ses prestations remarquées dans Scream 2 et Sexe Intentions.
Elle vient d'ailleurs d'être engagée comme porte-parole par Maybelline, un choix des, plus judicieux puisqu'elle incarne précisément la jeunesse, le fun et le naturel. Son faux air d'ingénue aidant, le rapprochement avec Britney Spears est vite fait. Mais la façon dont elle contrôle ses mouvements, ses mimiques et ses regards ne laisse planer aucun doute : elle sait pertinemment qu'elle est la coqueluche du moment, s'en réjouit ouvertement et profite largement de la situation.

des talents précoces

Sarah entama dès quatre ans son périple d'actrice. Elle fut repérée dans un restaurant de Manhattan par l'un de ces types dans les agences de mannequinat dont le job consiste justement à trouver de nouveaux modèles. Il lui proposa initialement de figurer dans des pubs, puis, très rapidement, lui offrit son premier rôle - dans un téléfilm intitulé An Invasion of Privacy.
Rosellen, sa mère, une ancienne institutrice qui l'a élevée seule dans son appartement de Manhattan, l'a toujours soutenue dans cette voie. "Tout ce que je suis aujourd'hui, je le dois à ma maman", affirme Sarah, qui ne tarit pas d'éloges sur cette mère qui se coltinait les navettes entre les auditions, les tournages et l'école. "Elle est vraiment adorable. Elle continue à découper les articles parus dans la presse locale et à me les apporter."
Sarah est nettement plus réservée à l'égard de son père. Ses parents ont divorcé lorsqu'elle avait sept ans et elle présente son géniteur somme quelqu'un qui a toujours été virtuellement "inexistant" dans sa vie. Empruntant à Keanu Reeves l'une de ses répliques dans Parenthood, elle lance : "On a besoin d'un permis pour conduire, mais n'importe quel trou du cul peut être père".
Cherchant à prendre leur revanche contre le monde entier, Sarah et sa mère multiplièrent les tentatives, Sarah décrocha de nombreux rôles, mais il n'était guère évident pour elle de maintenir un certain équilibre entre sa carrière, l'école et ses camarades de classe.
Alors qu'elle n'était encore qu'au collège, à un âge où la plupart de enfants ne songent qu'à demander un peu d'argent de poche suppplémentaire à leurs parents, Sarah, elle, vécut ce qu'elle appelle son "plus grand drame" : le spectacle de Neil Simon, Jake's Women, qui devait marquer ses débuts à Broadway, clôtura ses représentations avant de les reprendre à New York, et lorsque la petite Sarah rvint à son école, après six mois d'absence, plus personne ne lui adressait la parole.
Le lycée lui laissa de meilleurs souvenirs - du moins - après qu'elle eut choisi le bon établissement. "J'ai commencé à LaGuardia", explique-t-elle, faisant référence à la School of the Arts de Manhattan, rendue célèbre par la comédie musicale Fame. "Mais je détestais cette école. J'y étais battue quasiment tous les jours et les cours n'étaient pas si bons que ça. Je l'ai quitté et je me suis inscrite à la Professional Children's School, que j'ai adorée."

premiers émois

Déjà perfectionniste dans l'âme, Sarah était une élève studieuse collectionnant les A, mais cela ne l'empêcha nullement de s'amuser. "Faire des cochonneries dans les parcs, c'est quelque chose qui se fait beaucoup quand tu vas au lycée et que tu vis à New York" révèle-t-elle. "Il y avait un terrain de jeux pour enfants pas très loin de chez moi et je peux dire que les balançoires ont vu pas mal de trucs !"
A l'écran, elle n'était d'ailleurs pas en retard non plus, puisqu'elle jouait le rôle de la sournoise Kendall Hart, un personnage plus vieux de sept ans que son âge réel, dans le feuilleton All My Children. "C'était véritablement éclatant d'avoir seize ans et de jouer des scènes d'amour avec un homme suffisamment âgé pour être mon père. Je veux dire... j'avais déjà été "mariée" deux fois alors que je n'avais même pas encore passé mon Bac."
Le lycée fini, Sarah abandonna All My Children au milieu de rumeurs selon lesquelles elle se serait fâchée avec Susan Lucci (sa mère dans le feuilleton) et passa aux choses sérieuses : direction Hollywood !
Or, même avec son Emmy Award (l'équivalent US de nos Césars qui lui fut décerné pour sa prestation dans All My Children) sous le bras, il savéra que les portes des studios ne s'ouvraient pas en grand devant elle pour autant. "Tu peux avoir une sacrée réputation dans le petit monde des feuilletons télévisés, mais, dès que tu vas dans le "monde réel", comme je l'appelle, plus personne ne sait qui tu es", se souvient Sarah, qui promit à sa mère qu'elle s'inscrirait à l'université si on ne lui offrait aucun rôle cette année-là. "Jusqu'à ce que je sois engagée dans Buffy, les directeurs de casting disaient que je n'étais pas prête, que j'étais trop inexpérimentée et trop connotée "feuilletons télévisés"."

Buffy or not Buffy ?

Bien qu'il semble inconcevable que quiconque eut pu tenir le rôle de Buffy à sa place, Sarah fut à l'époque durement mise à l'épreuve avant d'être engagée. "Le jour de ma dernière audition, je suis entrée, j'ai récité mes dialogues, et, quand je suis ressortie, ils m'ont demandé de recommencer encore une fois", se rappelle Sarah. "Alors j'ai craqué, j'ai éclaté en sanglots et je leur ai dit "Je ne peux pas le refaire - vous êtes en train de me briser, les gars !". Et là, le directeur de casting m'a traînée en arrière et tout le monde s'est mis à rigoler en criant "Félicitations, tu as le rôle !". Pe,ndant ce temps là, moi, j'étais toujours en train de pleurnicher."
Comme n'importe quel fan vous le confirmera, ce rôle lui convient à merveille. "Buffy ressemble beaucoup à celle que j'étais quand j'étais plus jeune", raconte Sarah. "A savoir une enfant dans un monde d'adultes, perdue quelque part entre les deux. Buffy doit-elle aller à la fête de fin d'année ou sauver le monde en partant chasser les démons ? Ma vie était similaire : devais-je faire la grasse matinée ou aller à une audition ?"
Le succès de Buffy eut deux conséquences principales : d'une part, il plaça Sarah sous les feux des médias et sur les couvertures des magazines, et, d'autre part, il lui servit de ticket d'entrèe dans les salles obscures.
Et jusqu'à présent, son palmarès compte davantage de réussites que de bides, même si elle fut brutalement éliminée dans ses deux films sortis en 1997, Scream 2 et Souviens toi... l'été dernier. "Je déteste les fritures qu'on mange en Caroline du Nord, là où on a tourné, et je n'ai pas avalé grand chose", précise Sarah. "Résultat : j'ai perdu une taille de bonnet. Or, à la fin du tournage, il a fallu qu'on fasse une scène intercalée parmi celles du début et j'ai été obligée de le coller des coussinets en silicone dans le soutif pour me redonner du volume."
Pour ses deux films sortis en 1997, Sarah n'eut cependant plus besoin d'avoir recours à ce subterfuge - encore qu'un petit coup de pouce visuel supplémentaire qurait rendu service au premier d'entre eux, la comédie romantique Simply Irresistible, qui eut tendance à disparaître des programmes des salles de cinéma aussi vite qu'il y était entré.

film dangereux

Sarah aura beaucoup plus d'impact avec le second, le scandaleusement coquin remake des Liaisons dangereuses dans lequel elle tord le coup à l'image pieuse de Buffy en interprétant une diablesse sniffeuse de cocaïne qui promet à son demi-frère qu'il pourra "la lui mettre où il voudra" s'il parvient à déflorer la pucelle récemment débarquée en ville.

Sarah affirme qu'il lui fut facile de jouer cette gosse ultra-friquée, dans la mesure où la plupart des élèves qui fréquentaient son lycée à Manhattan étaient infiniment plus riches et moins bien surveillés qu'elle-même. "Toutes ces filles portaient des robes très chères", se rappelle-t-elle. "Moi, je ne pouvais absolument pas m'en acheter une neuve à ce prix-là, alors je piochais toujours des modèles datant de la saison précédente dans les bacs de soldes à cinq dollars. Mais quand j'ai été engagée dans All My Children, j'ai couru m'offrir deux robes toutes neuves à la mode. J'étais terriblement excitée."
Dans Sexe Intentions, Sarah fut amenée à embrasser une fille pour la première fois - en l'occurrence Selma Blair. "Je n'arrêtais pas de me répéter que j'avais été obligée d'embrasser des types que je n'avais nulle envie d'embrasser. Selma, au moins, c'était une amie, et je sais où elle est allée trainer !" plaisante Sarah. "Toute la nuit précédente, je n'avais pensé qu'à ça, et je croyais que je n'arriverais jamais à le faire. Et, lorsque le moment fut venu, j'ai bien cru que j'allais vomir. Mais bon... Certaines scènes que j'avais tournées avec Ryan Philippe n'avaient guère été plus faciles. Et puis... Je l'ai fait !"
Détail croudtillant, la plus grosse surprise restait à venir. Ainsi Selma lui fit-elle une étonnante confidence lorsqu'elles confrontèrent leurs opinions après coup. "Selma m'a dit qu'elle avait eu peur que je trouve qu'elle embrassait mal", raconte Sarah. "Je lui ai demandé si ce n'était pas plutôt le baiser en lui-même qui l'avait gênée et elle m'a répondu "Non, je craignais juste que tu trouves j'étais nulle !"."

un vrai challenge

Pour Sarah, Sexe Intentions prenait des allures de défi. "J'étais déterminée à montrer aux gens que je pouvais faire quelque chose de très différent de Buffy.", s'exclame-t-elle en songeant à tous ceux qui pensent qu'elle n'est bonne qu'à jouer des rôles tartignolles dans des séries pour ados. Revers de la médaille, cest avec amertume qu'elle accueillit les commentaires de Joss Whedon, le créateur de Buffy, au cours d'une conférence de presse, celui-ci estimant que Sexe Intentions était un film érotique, même si, sur place, elle feignit l'indifférence. "J'y ai fait ce que je pense être ma mailleure prestation d'actrice à ce jour", fulmine-t-elle. "Ca m'a fait beaucoup de mal de le voir balayer tout ça d'un revers de main en qualifiant ce film d'érotique. Il me doit des fleurs !!!"
A la décharge de Joss Whedon, il faut bien admettre que, comparativement à la relative bonhommie de la série Buffy, il y a tout lieu de s'inquiéter des éventuelles retombées d'un film aussi osé - notamment à cause de la scène du baiser avec Selma Blair. "Ca m'a un peu inquitée, compte tenu du boucan qu'on fait autour de la série, mais il faut savoir qu'on a coupé bien d'autres scènes encore plus chaudes." Une décision qui semble judicieuse, vu le nombre de fans qui idolâtrent Sarah - en particulier sur Internet. Sarah se montre reconnaissante et les remercie de leur soutien, y compris ceux qui vont parfois trop loin... comme ceux qui ont superposé son visage sur une photo de Pamela Anderson. "Je sais que certaines personnes n'ont pas apprécié ces photos, mais ce ne sont pas mes seins, après tout ! Un jour, je te dirais exactement ce que j'en pense en aparté, mais, pour l'instant, je me contenterai de dire que le Net me fait peur, principalement à cause de la facilité avec laquelle on peut avoir accès à des données personnelles. Mais je n'ai pas trop de problèmes avec Internet - j'y vais juste pour consulter la météo !"

motus et bouche cousue

Quant à ses histoires d'amour hors écran, Sarah reconnaît avoir da part de sorties nocturnes mais ne souhaite pas se stabiliser pour autant. "Des gens me demandent pourquoi je n'ai pas un petit ami sérieux", ricane-t-elle. "Eh, j'ai vingt-deux ans, moi ! C'est un âge où l'on s'amuse." Elle est toutefois réputée pour sa discrétion et garde secret les noms de ceux avec qui elle est sortie - ce qui n' pas empêché les tabloïds de prétendre que Jerry O'Connell, également à l'affiche de Scream 2, et Matthew Perry étaient du lot.
Elle explique qu'elle a appris de Gwyneth Paltrow et Sandra Bullok, ses modèles à l'écran, qu'il valait mieux ne pas raconter à tout le monde ses petites histoires à Hollywood. Ell a certes l'allure d'une toute jeune fille, mais elle n'en a pas la naïveté. "Je sais qu'il y a des gens qui aimeraient connaître plein de choses que moi, mais, quand je rentre chez moi le soir, j'ai envie de mener une vie normale.", ajoute-t-elle. "Ca peut peut être la folie quand un goupe de fans campe dans le hall de mon hôtel, mais je peux toujours éviter ça en m'abstenant d'aller traîner au centre commercial pendant les fêtes de Noël. Personne ne sait où je vis - à bonne distance de Los Angeles !"
Contrairement à son personnage, Sarah affirme ne pas être une intriguante en matière de sentiments, mais elle aime s'entourer d'une petite dose de mystère, disant par exemple à ses soupirants que les fleurs sur la table viennent "d'un ami", alors que c'est son agent qui le lui a envoyées. Elle admet en outre pouvoir tomber amoureuse d'un acteur, même si ce n'est pas l'idéal. "J'ai tendance à être attirée par des hommes qui ne sont pas du business", dit-elle. "Et ça m'est difficile aujourd'hui, parce que je ne rencontre pas beaucoup de nouvelles têtes en dehors."
Sarah s'est récemment trouvé un nouveau copain pour le sport, cependant : Shaquille O'Neal, une star du basket-ball. "C'est mon ami "en exercice" ", plaisante-t-elle. "On se voit de temps à autre et il me chaperonne quand je fais de la muscu." Or, bien que soulever des haltères en compagnie de Shaq' ne constitue pas véritablement un évènement marquant de la vie p^rivée de Sarah, il s'en faut de peu. "Je suis devenue plutôt casanière, ces derniers temps". Révèle-t-elle.
Et elle n'est pas la seule. Jennifer Love Hewitt et Melissa Joan Hart, pour ne citer qu'elles, deux actrices confirmées, parfaitement clean, ont trimé dur toute leur vie pour arriver là où elles sont aujourd'hui et n'ont nulle envie de tout gâcher par une conduite inqualifiable à la Christian Slater.
"Je crois que Hollywood accorde le succès à ceux qui sont capables de le digérer", estime Sarah, qui a dû sacrifier la projection en avant-première de Sexe Intentions à New York parce qu'on avait besoin d'elle sur le tournage de Buffy. "Le succès demande beaucoup de sacrifices et de travail", conclut-elle. Heureusement pour elle, le plus dur est déjà passé...

Stan Svensen

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